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Salle communautaire Emmaüs

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La communauté Emmaüs de Thouars est installée sur un site au Nord de la commune, en bordure de la rivière du Thouet. Un lieu que les compagnons et compagnes ont aménagé, au fur et mesure des années, pour répondre au mieux à leurs besoins. Celui de l’accueil inconditionnel – socle des valeurs d’Emmaüs, celui de la collecte et la vente d’objets – activité majeure de la communauté, ou encore celui de moments de vie collective, autour d’une salle commune qui devient autant un lieu de repas, que de projections, ou de réunions.

Photo historique. Source : internet.

Mais ces aménagements progressifs connaissent la limite de l’espace disponible : la communauté est à l’étroit. Débute alors la recherche d’un lieu plus adapté, avec une plus grande capacité d’accueil. Un site proche de la gare est trouvé : hippodrome, terrain de motocross ou encore lieu de pétanque, des traces de ces vies passées restent visibles.

Pour la construction des nouveaux espaces de la communauté, les ambitions sont grandes : apporter du confort au quotidien dans les espaces de travail et de vie, mais aussi être exemplaires dans les ressources utilisées. Une halle en structure bois pour les espaces de collecte, tri et vente, des volumes préfabriqués en ossature bois et remplissage paille pour les logements (conception par Corentin Desmichelle).

Pour la salle communautaire, tout terrain propose une démarche de réemploi des matériaux : identifier des gisements sur des chantiers de déconstruction de la région, les analyser selon leurs dimensions, leur état, leur capacité à être reposés, les sélectionner, les transporter, les stocker… Une chaîne de conception et de décision se met en place en lien étroit avec Émilie : de l’association Matière Grise, spécialisée dans le  réemploi, Thierry, Éric, Loïc, Mathieu : les bureaux techniques du groupement de maîtrise d’œuvre, et l’équipe d’Emmaüs.

Intégrer des matériaux de réemploi dans la conception architecturale n’est pas un geste anodin.
C’est d’abord accepter d’inverser l’ordre des décisions : nous concevons la salle à partir des ressources identifiées, elles ne sont pas prescrites à l’issue d’un dessin architectural.

C’est également admettre les aléas des chantiers de déconstruction : s’inscrire dans des délais de prise de décision et d’action très courts pour être certains de ne pas voir s’échapper une charpente idéale, ou encore s’adapter à la dégradation possible des matériaux avant ou pendant leur dépose – comme nous l’avons vécu avec la casse de plusieurs menuiseries sur le chantier de déconstruction.
Nous composons avec un stock fini, que nous ne pouvons renouveler au gré d’approvisionnements.

Le dessin de la salle communautaire s’en voit complètement imprégné : les ressources récupérées guident sa volumétrie et sa matérialité. Entre la cour des matériaux, lieu de livraison et de manutention, et la cour des compagnons, espace extérieur de repos, la salle communautaire s’implante et créée le lien autant qu’elle permet l’intimité.

Les grandes baies en aluminium, récupérées dans une salle polyvalente à Cholet, inondent la pièce commune de lumière naturelle et laisse passer le regard d’une cour à l’autre. La charpente en lamellé collé récupérée dans cette même salle polyvalente offre un volume généreux à la pièce.

De part et d’autre sont desservis les espaces utiles à la vie quotidienne : la cuisine et ses réserves d’un côté, les bureaux de l’autre. L’ensemble des portes intérieures proviennent d’un chantier de déconstruction d’Angers, le même qui a permis de récupérer tous les chemins de câbles qui traversent le bâtiment en restant visibles.

Pour prolonger cette réflexion d’une conception sobre et frugale, certains choix ont été faits : des toilettes sèches, un poêle de masse comme chauffage principal, une économie de matière en laissant les structures apparentes et en employant peu de finitions.

 Le chantier sera l’occasion de mobiliser les compétences des compagnons et compagnes. Ensemble, nous définissons le niveau de finition nécessaire, pour leur laisser la main sur l’aboutissement de leur lieu de vie.

Et puis, le « premier arbre » est planté : plutôt qu’une première pierre, c’est avec la symbolique du ginkgo biloba que la communauté s’ancre dans le nouveau site. Pour l’occasion, tout terrain propose de tracer au sol l’emprise des futurs bâtiments : pour que tous puissent se projeter dans les espaces qui existeront demain. Tout terrain guide une « visite du futur » pour aider à l’appropriation.